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Abdelkader Djemaï, un écrivain au lycée
par Catherine Debras 

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Genèse d'un projet
    Au cours de mes déambulations au "livre sur la place", en septembre 2000, j'ai rencontré M. Djemai au stand de la médiathèque de Nancy. J'avais lu, sur le conseil d'une amie, Un été de cendres, ce qui me permit d'engager la conversation, avec l'écrivain, en revanche, je découvris sur place, grâce aux plaquettes exposées, sa collaboration à divers ateliers d'écriture avec des classes d'écoles primaires et de collèges, notamment des Vosges. Cet aspect de son travail m'interpelle d'autant plus que je participe depuis plusieurs années à des ateliers d'écriture, ai commencé à les expérimenter dans mes classes, et suis de plus en plus persuadée de la fabuleuse expérience humaine et littéraire que cela peut constituer pour les adolescents.

   M. Djemai m'informe alors de son séjour à Nancy de novembre 2000 à février 2001 où il sera en résidence. D'ores et déjà prêt à intervenir dans mes classes, il me demande de prendre contact avec M . Markiewicz, directeur de la médiathèque, pour l'organisation de ce projet.

   Deux mois plus tard, toutes les modalités administratives et pratiques sont réglées. J'ai eu plusieurs contacts téléphoniques avec Mme Leroy, bibliothécaire du centre social du Joli Bois, qui organise l'emploi du temps de M. Djemaï. Son séjour à Nancy est en effet centré sur des interventions variées dans le quartier d'Haussonville où il sera amené à travailler avec des publics aussi divers que des femmes maghrébines en alphabétisation, des petits de 3 à 4 ans, des enfants de CE1/CE2… Enfants et adultes travailleront sur la mémoire du quartier, autour d'un projet sur le livre qui aboutira à une publication collective. Durant toute cette période, M. Djemaï résidera dans le quartier.

     Je le rencontre à nouveau au mois de novembre, à son arrivée à Nancy. Rendez vous est pris pour une première visite au lycée le vendredi 24/11/2000. Mes élèves de 1L3 sont d'ores et déjà très motivés par la perspective de travailler avec lui. Le résultat de l'atelier d'écriture sera une nouvelle collective qui figura dans la publication avec les écrits produits par les écrivains d'Haussonville.
 
 

Premier contact avec les élèves. (24 novembre 2000)


       Au jour et à l'heure prévus, j'ai quelques difficultés à trouver "mon écrivain " (comme le disent certains collègues) : il n'est pas devant le portail du lycée, pas davantage en salle des professeurs… La concierge m'avertit qu'il est parti dans le couloir, coté élèves. Effectivement, je le retrouve au milieu d'un petit groupe de 1L3 : " On a déjà fait connaissance, m'dame ! " Et Bettina me raconte qu'un de ses copains a pris M. Djemaï pour son père !

     En classe, l'écrivain prend place et se présente en donnant la signification de son nom : Abdelkader signifie "fils du destin ", Djemaï "la rassembleur " : Vaste programme ! Né à Oran dans une famille très modeste, ses parents sont analphabètes. Il rappelle aux élèves que le français n'est pas sa langue maternelle (c'est l'arabe dialectal qui était parlé dans sa famille) et qu'il apprend à l'école, ainsi que ses contemporains de métropole, la fameuse leçon d'histoire : " Nos ancêtres, les gaulois… "

     Comment alors en est il venu à l'écriture ? Par un fait de hasard, dit-il… A dix ans, déjà fervent lecteur de BD, (comme nombre de ses auditeurs attentifs !), il emprunte à l'école un livre de la bibliothèque verte. Dans un passage de celui-ci, le professeur d'une école de parachutisme explique à son auditoire le fonctionnement d'un parachute. Il demande si quelqu'un a une question à poser. Un cancre demande : "On t'en donnera un autre ! " Djemaï explique alors combien il s'était senti intelligent en comprenant cette plaisanterie et comment il décida alors d'écrire lui aussi des livres.

     Ayant apporté avec lui ses œuvres et les publications auxquelles il a collaboré, l'écrivain les montre aux élèves en les présentant dans leur diversité et sans les hiérarchiser : certains de ses romans, sont deux, Un été de cendres et 31, rue de l'aigle, sont parus en Folio, des nouvelles : Dites leur de me laisser passer, son dernier ouvrage paru, des nouvelles insérées dans des recueils collectifs : Ola (sur le football, à l'occasion de la coupe du monde), Dernières nouvelles de la terre (sur la nature, à l'occasion du festival de géographie de Saint-Dié), les livres produits lors d'ateliers d'écriture, avec des enseignements et directeurs d'école en retraite (7 nouvelles écrites avec les mêmes éléments : un chat, un corbillard, un mort), avec une classe de CE2/CM1 qui a interviewé des personnages âgées ayant connu l'occupation allemande, avec une association du plateau d'Epinal partie construire une salle de CM1/CM2 qui a écrit un texte pour l'inauguration d'une sculpture destinée à commémorer le 500 éme anniversaire de la parution de Don Quichotte
 
 

  Un dialogue fructueux


     Les élèves, assez intimidés, hésitent à poser des questions, mais M. Djemaï les y encourage vivement.

     Finalement, Malika se lance : Comment vous vient l'envie d'écrire ?
 

     M. Djemaï répond qu'il écrit qu'il écrit lorsqu'il en sent le besoin, ne s'astreignant jamais à des horaires fixes. Par associations d'idées, il en vient à parler de sa formation : Journaliste pendant 30 ans, il appris l'urgence (le journaliste étant pressé par l'obligation de fournir ses articles pour les deux éditions du matin et du soir), et la contrainte absolue de la sobriété stylistique : dessiner une silhouette, faire parler des personnes, évoquer une situation en une poignée de mots. Ce métier lui a également enseigné le contact avec le terrain et il s'est frotté à des milieux divers aussi bien géographiquement que socialement. Finalement, il a appris à "ouvrir ses yeux et ses oreilles ".


- Ecrivez-vous en pensant aux autres ?
 

Selon M. Djemaï, l'écrivain se définit comme celui qui est seul au milieu des autres. L'art naît de cette solitude et les sources de l'écriture sont avant tout pour lui autobiographiques. Tout est dans l'enfance. Ainsi, il adorait son grand-père qu'il a peu connu et celui ci se retrouve dans tous ses romans sous des personnages différents, pour que le lecteur ne s'en lasse pas. Ecrire, c'est remonter vers soi même, en amont.
- Quand vous étiez journaliste et avant même de l'être, écriviez vous déjà de la fiction ?
 
A l'âge de 14 - 15 ans, M. Djemaï lisait dans le journal local : la République, la page pour les jeunes du jeudi. Il envoya un conte dans l'espoir de le voir publié… Après d'interminables semaines d'attente, il trouva son conte édité !
Dès l'âge de 10 ans, il eut le projet d'écrire un roman. Mais plus tard, il réalisa que le plus était d'écrire le deuxième et de soutenir un rythme de publication.
 Il écrit actuellement un roman qu'il porte en lui depuis vingt ans, à partir d'une expérience d'enfance, alors qu'il passait ses vacances dans un camping au bord de la Méditerranée. Cette si longue genèse s'explique par un difficile choix d'écriture : Ce récit devait il se faire à la première ou à la troisième personne ? Le choix de la première personne ne s'est imposé que récemment à lui.
- Comment parvenez vous à commencer un roman ou une nouvelle ?
 
Djemaï cite Hugo : " Il faut écrire avec ses oreilles " et Flaubert, qui, à Croisset, utilisait l'allée d'arbres de son jardin comme un studio naturel pour "gueuler " son texte et en vérifier la musicalité. Appartenant à une culture de tradition orale, il est particulièrement sensible à la musicalité des mots, au rythme, au ton. L'essentiel est donc pour lui de trouver le ton et la couleur de la phrase, après, il peut poursuivre.
Il lit ainsi aux élèves le début d'Un été de cendres, de 31, rue de l'aigle, de sa nouvelle : "La fugue ", de son manuscrit (ainsi révélé aux élèves en cours d'écriture, avant sa publication !) provisoirement intitulé Camping. Il fait ainsi sentir aux élèves la différence des tons en fonction des narrateurs et la difficulté de trouver une parole authentique.


- Comment poursuivez vous ?
 

Au début existe seulement un noyau d'histoire. Le reste est à découvrir, ce qui est toujours aventureux. On peut commencer un roman par n'importe quel sens. Il faut s'y prendre comme dans une forêt, le hasard peut jouer son rôle, la progression même du texte peut obliger à aller dans une direction. Il faut ensuite alimenter l'histoire (cela peut se faire par une documentation digérée et traduite en écriture, comme pour 31, rue de l'aigle pour lequel l'auteur a lu 50 livres sur les plantes…), la construire. L'écrivain est un artisan, à la fois architecte et terrassier. Il écrit avec toute sa personne : sa tête, sa main, son cœur. C'est un apprentissage toujours renouvelé. Djemaï cite Queneau : "c'est en écrivant qu'on devient écriveron ".
Le roman n'est pas un objet parfait, il doit avoir d'ailleurs une maladresse. D'autre part, un texte n'est jamais achevé. Les écrivains pourraient sans cesse retravailler leurs livres.


- Comment trouvez vous le titre de vos livres ?
 

Le titre n'est pas facile à trouver, il doit être incitatif, et ne pas avoir été utilisé par un autre écrivain. Souvent, il est trouvé en collaboration avec l'éditeur.
- Pourquoi ce titre : 31, rue de l'aigle ?
 
L'aigle est le symbole du personnage inquiétant qu'est le héros du roman et qui surveille tout le monde. Le 31 est le numéro de la maison où réside M. Djemaï à Aubervilliers.
 

En route pour l'écriture !


      M. Djemaï explique brièvement son projet au centre social Joli Bois. Il s'agit d'écrire des nouvelles autour du livre. Celui ci sera le protagoniste de l'histoire, il sera doté d'une personnalité, d'une existence réelles. Il propose ce thème aux élèves et leur demande d'écrire un début d'histoire pour la semaine suivante.
 

Premier atelier. (1er décembre 2000)


     A cette occasion, nous accueillons également Christiane Beuvelot, documentaliste et grande initiatrice de projets au sein de l'établissement, Julien Hazotte, documentaliste stagiaire et Stéphanie Veyland, professeur stagiaire de lettres classiques, qui viennent assister à l'expérience.

     Les élèves sont invités à lire leurs textes à haute voix, ce qui les impressionne quelque peu… Adeline se lance M. Djemaï incite alors la classe a faire des commentaires. Il les pousse à préciser leurs réactions :

- C'est bien ? Mais pourquoi ?
- Et sa façon de dire le texte ?
- Aurait il fallu qu'elle identifie tout de suite le protagoniste de la nouvelle ?


     Liront ensuite Sylvie, Judite, Bettina, Mehdi, Estelle, Ana et Catherine, notre "invitée" australienne, qui a écrit en anglais.

     Les élèves sont toujours invités à réagir. Lorsqu'il n'y a pas de réaction, M. Djemaï passe à un autre texte. Lui-même donne son avis, souligne les qualités d'écriture des textes, et élargit toujours le propos à l'art de la nouvelle. Il s'agit pour lui non de théoriser, mais de parler de son expérience d'écriture.
 

Deuxième atelier (12 janvier 2001)


     Comme tous les élèves n'avaient pas lu leurs nouvelles, les lectures se poursuivent, celles des textes de Lydie, de Judite, de Jehad, de Mina.

     Mehdi avait été particulièrement félicité lors de l'atelier précédent pour le début de son histoire, "le livre martyr ", une métaphore sur le livre et la solitude dont M. Djemaï avait apprécié l'énergie ("un texte tout en muscles "). Il est impatient de lire la fin de sa nouvelle. Le livre accompagnait un clochard, Medhi lui fait maltraiter son livre (L'évolution des espèces de Darwin) et commettre un vol, finalement, le livre est recueilli par une secrétaire qui l'introduit au sein d'un univers douillet. M. Djemaï trouve l'histoire trop moralisatrice… Un débat est lancé. Plusieurs finissent par reconnaître que la force de la nouvelle était en effet due à la personnalité attachante du clochard. Medhi est incité à revoir la fin : il serait bon que le livre reste le compagnon du clochard. M. Djemaï lui rappelle que l'écriture est un travail toujours à poursuivre, que Flaubert ou Hugo auraient pu perfectionner leurs textes à l'infini. Le texte est dévorant, il demande sans cesse à être modifié. Le plus délicat, le plus formateur est d'enlever mais c'est aussi le plus difficile car c'est un sacrifice qui demande de l'humilité…

     Beaucoup d'élèves hésitent à lire leurs textes. Constatant cela, M. Djemaï demande à chacun, tour à tour de lire la première phrase de leur récit. Il fait ensuite remarquer la présence d'une même couleur, d'une même tonalité : beaucoup connotent l'enfermement, les interrogations, une atmosphère de mystère : cela produit un texte qui a déjà une cohérence.

     La même opération est répétée pour la dernière phrase, une phrase particulièrement chargée, pleine de toutes celles qui l'ont précédé. L'important est alors de ne pas verrouiller le texte : le lecteur doit y trouver failles et fissures pour nourrir le texte lui-même. Flaubert est une fois de plus convoqué : " En écriture, il n'y a que les imbéciles qui concluent ".
 
 

Première étape pour une élaboration collective


    M. Djemaï demande aux élèves de prendre des bouts de papier et de faire les choix suivants :

- Où se trouve le livre ?
- Le texte sera-t-il écrit à la première ou à la troisième personne ?
- Est ce un vieux livre ou un livre d'aujourd'hui ?
- De quoi parle ce livre ?


     Malika et Bettina viennent au tableau pour le dépouillement de bulletins.

     Les résultats sont les suivants :

- Le livre se trouve dans une bibliothèque.
- L'histoire est racontée à la première personne.
- Il s'agit d'un vieux livre.
- Il parle de la vie (l'amour, la solitude, les plaisirs sexuels, l'adolescence).


     Jean Marc trouve que le lieu choisi n'est pas original, que cela peut engendrer une histoire banale, inintéressante… M. Djemaï fait remarquer que la procédure a été démocratique et que ce choix s'est clairement dégagé. Puis, il suggère des exemples d'histoire qui peuvent avoir que des pages blanches… Il cite le film, "les trois jours du Condor " avec Robert Redford au début duquel un meurtre a lieu dans une bibliothèque. Ce lieu est souvent dans l'imaginaire, celui du mystère et du savoir. Enfin, l'important n'est pas le lieu mais l'écriture qui fait vivre ou revivre le lieu.
 

Troisième atelier (23 février 2001)
    Les élèves travaillent par groupes de quatre : un groupe décrit la bibliothèque, les autres cherchent un synopsis : Que peut il arriver avec un vieux livre ? Imaginez lui un destin… Que peut il contenir comme mystère ? M. Djemaï se présente comme "un producteur à Hollywood " : " vous avez trois minutes pour me présenter un scénario et me convaincre ! "

     Le groupe qui a travaillé sur le lieu, a dessiné un plan de la bibliothèque, puis la décrit objectivement et subjectivement (un lieu qui peut paraître un lieu inquiétant à qui ne le connaît pas, mais qui devient accueillant grâce au charisme de la bibliothécaire, au charme de la conteuse, au confort des sièges).

     Quelques exemples des scénarios que la mise en commun permet de découvrir :

- Un livre parlant de l'homosexualité et de la contraception : La Bible de la sexologie a été censuré. Il n'en reste plus qu'un exemplaire, caché…
- Un livre s'est échoué sur une île déserte. Il a imprimé seul les pensées d'un homme dont on a trouvé le cadavre à coté de lui. Ce livre est exposé dans une bibliothèque…
- Dans une ancienne bibliothèque se trouve une pièce interdite. Un livre couvert d'une poussière fantastique y est entreposé. Il tente d'attirer l'attention d'un lecteur. Le fils de la bibliothécaire le trouve…
- Au moyen Age, un livre a assisté à de nombreux meurtres…
- Le livre est un journal intime chargé d'impressions de voyage…
     M. Djemaï tente alors d'obtenir un consensus : Qu'est ce qu'on peut retenir comme scénario le plus plausible ? Les préférences exprimées sont en fait diverses…Il fait alors remarquer que le thème de la censure revient à plusieurs reprises  sous une forme ou sous une autre et suggère à chaque groupe de repenser une autre intrigue sur cette nouvelle base.

     Voici les scénarios obtenus :

- Un livre prend la défense des juifs à l'apogée du nazisme…
- Un livre réunit les fidèles quelles que soient les religion…
- Un livre sert de thérapie à un archevêque qui a commis des meurtres…


     Adeline, elle, bute sur cette nouvelle propositions d'écriture. Elle trouve le thème de la censure trop banal : il ne lui donne pas envie d'écrire. Elle décide alors de le tourner en dérision et propose le synopsis suivant : Un livre de cuisine découvre que les recettes qu'il contient rend les gens malades. Il décide donc de s'autocensurer…

     Sylvie réagit vivement : pour elle, la censure est un sujet grave qui ne peut être traité légèrement…Une polémique s'engage… Jean Marc, lui, trouve intéressant de traiter le thème par l'absurde.M. Djemaï trouve finalement qu'un consensus ne se dégage pas clairement. Il demande donc aux 6 groupes d'écrire chacun une nouvelle de 50 lignes.

     Les six groupes :

- Mina, Laetitia, Adeline et Virginie
- Arne, Emilie, Fanette et Mouna.
- Mélanie, Angélique, Lydie, Ana et Cindy.
- Bettina, Malika, Jean Marc et Mehdi.
- Amélie, Jehad, Sylvie et Judite.
- Stéphanie et Estelle.
 

Quatrième atelier (2 mars 2001).

     Cet atelier est consacré aux lectures des textes écrits par les élèves depuis la séance précédente et aux retours sur ceux ci.

     Amélie lit la nouvelle de son groupe : " Parce que j'ai dit non. " M. Djemaï souligne les qualités du texte : il est clôturé par la phrase du titre, ce qui crée une cohérence, une circularité ; le langage direct interpelle le lecteur et instaure une connivence : c'est un texte qui donne l'impression qu'il vous parle ; le style  est fluide. Cependant, de petites fautes de syntaxe nécessitent un travail de finition.

     Pour le texte de Mina et de ces camarades, L'histoire est perçue comme poétique, fantastique, bien menée. Les auteurs ont accompli un travail de précision. Il y a de belles expressions ("des larmes lourdes comme des pierres ") Mehdi trouve que le début est bon, mais que le récit devient monotone, moins fluide, juste avant la fin. La relecture confirme en effet qu'un passage peut être enlevé.

      Laëtitia lit la nouvelle : " Ma vie salie à jamais ". Jean Marc qu'il faut modifier l'âge de l'héroïne, qui se fait violer à 16 ans par l'homme qui la ramène chez elle. Il pense en effet qu'une jeune fille de cet âge ne serait pas aussi naïve. Un débat s'ensuit sur la vraisemblance de ce passage. Jehad propose que la jeune fille pourrait se faire agresser à la sortie d'un discothèque. Le groupe conclut que la manière dont le viol est amené est à revoir.

     M. Djemaï attire l'attention des élèves sur un autre détail : la censure dans le livre est victime à sa sortie n'est pas le fait  de l'éditeur, mais des lecteurs. Le livre pourrait ensuite être réédité plusieurs décennies ensuite, alors que le viol devient malheureusement un sujet de société.

     Lydie, Angélique, Mélanie, Aurélie et Vanessa soulignent qu'elles ne présentent qu'un brouillon… La nouvelle porte sur l'homosexualité. Comme dans la nouvelle précédente, Le problème est de choisir dans quel pays et à quelle époque et à quelle époque il serait vraisemblable de voir censurer un livre sur l'homosexualité. Ce sujet est laissé à la réflexion des auteurs.
 
 

Cinquième atelier (30 mars 2001)


     Cette dernière séance est consacrée à un travail sur le titre des nouvelles.M. Djemaï en souligne l'importance : Un titre est la carte d'identité d'un livre, il lui donne sa couleur, il ajoute 30 % à un texte ; les gens retiennent  plus les titres que les livres.

     A Paris existe un organisme pour déclarer ses titres. On peut déposer un titre, au cas où un auteur en ait besoin : certains titres ont rapporté 100000 francs !

     Un été de cendres s'appelait  d'abord Un été pourri. Mais l'éditeur de M. Djemaï, en cherchant si le titre existait déjà, s'est rendu compte que trois ans auparavant, un auteur de romans policiers américains avait déjà utilisé ce titre. Un travail de quatre jours a été nécessaire pour trouver le titre définitif. 

     La nouvelle d'Adeline (voir le troisième atelier) s'intitule "un coin de gourmandise". M. Djemaï lui demande de justifier son titre. En fait, l'auteur cherchait surtout à lui donner une tonalité ironique. Finalement, il s'avère que ce titre laisse penser que le lieu a une grande importance, ce qui n'est pas le cas. M. Djemaï suggère : "Les dangers de la gourmandise", titre qui ne remporte pas beaucoup de suffrages… Il fait ensuite remarquer que le titre se trouve souvent inscrit dans le texte. Celui ci est relu ; On relève au tableau au fil de la lecture : " Lundi dernier ", "une drôle de maladie ", "un arrière goût " : ce dernier titre est finalement retenu pour ses nombreuses qualités : il s'agit d'une expression à la fois physique et métaphoriques, elle respecte l'esprit du texte.

     Nous nous arrêtons également sur le titre de la nouvelle de Stéphanie et Estelle, qui proposent : " Ecritures sanglantes " Un titre comportant le mot "sang " ? M. Djemaï place en tête du titre la préposition "en "… Finalement, le titre est trouvé : " En lettres de sang "Un tour des groupes est effectué pour noter les titres retenus, et nous donner un aperçu de ce que sera le recueil :

- " Un arrière-goût "
- " Interdit "
- " Parce que j'ai dit non "
- " Enfin "
- " En lettres de sang "


     La séance se clôt par quelques photos, mais M. Djemaï promet de revenir nous rendre visite ! Quant aux nouvelles, une fois les dernières corrections achevées, elles seront dactylographiées et les disquettes seront réunies en juin pour une publication prévue pour le mois de septembre.

      Nous avons tous été heureux de vivre cette aventure littéraire : M. Djemaï nous a apporté énormément par sa gentillesse, sa curiosité toujours renouvelée à l'égard des textes des élèves ­ par son expérience d' " artisan " des lettres qui doit quotidiennement se coltiner à l'écriture et accompagne les élèves dans leur parcours d'apprentis écrivains ­ par son humanisme enfin, si précieux à une époque où l'enseignement des lettres est gouverné par la technique.

Catherine Debras

Pour tout échange : debras.catherine@wanadoo.fr
 
 
 

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